L'Aqueduc gallo-romain

 

L'aqueduc gallo-romain aussi appelé aqueduc de Lutèce aurait été bâti pendant le règne de l'empereur Septime Sévère (145-211). L'eau avait une importance capitale pour les Romains qui construisirent des aqueducs et des thermes dans tout leur Empire. Pendant l'Antiquité, les bâtiments de ce qui deviendra plus tard Paris étaient majoritairement situés rive gauche, au sud de la Seine (le quartier « Latin » dans les actuels Vème et VIème arrondissements). On rechercha donc logiquement des sources au sud, les eaux de la Seine ou de la Bièvre étant considérées comme de trop mauvaise qualité.

Le principal bassin collecteur de ces sources se trouvait à Wissous (91), il a aujourd'hui disparu. L'aqueduc qui partait de ce bassin en direction de Lutèce était constitué d'une rigole en pierre, enfouie à quelques dizaines de centimètres sous la surface et recouverte de dalles. On estime entre 1.000 et 2.000 m3 la quantité d'eau acheminée quotidiennement.

Coupe de l'aqueduc

crédits : A.B. Pimpaud, paris.culture.fr

L'aqueduc à Paris :

Voici approximativement le tracé emprunté par l'aqueduc gallo-romain dans Paris intra-muros


crédits : D. Busson & V. Charlanne, paris.culture.fr

Sa destination finale était probablement les thermes de Cluny (Vème), mais il fournissait aussi d'autres thermes aujourd'hui disparus.

Les thermes de Cluny (ou thermes du Nord), intégrés de nos jours au musée national du Moyen-Age

crédits : maps.google.fr

Il longeait ensuite la rue (du faubourg) Saint-Jacques, puis traversait successivement la ferme de Montsouris et l'hôpital Sainte-Anne (XIVème) qui n'existaient pas à l'époque. A quelques dizaines de mètres au sud du célèbre Hôpital Psychiatrique, la municipalité a remis en valeur quelques vestiges de l'aqueduc au milieu des années 90. Ces travaux ont été faits lors de la création de la ZAC Alésia-Montsouris, construite à la place d'anciens ateliers de maintenace des trains de la ligne de Sceaux (remplacée quant à elle par le RER B). Les autres restes de l'ouvrage antique sont très rares et il n'existe pas de regards.

 

 

Ci-dessous une carte vous permettant de localiser ces vestiges (R1 à R4), notons que certaines rues du quartier ont pris des noms d'empereurs romains comme Valentinien (321-375) ou Julien (331-363). On remarquera aussi que l'aqueduc Médicis (datant du XVIIème siècle) a été construit parallèlement (M1 à M6) avec au milieu le Regard 23 dit Regard de la Ferme de la Santé.

On notera par ailleurs que la place qui se trouve au-dessus de l'aqueduc romain (entre R1 et R2) a été baptisée place Mohamed Bouazizi du nom de ce jeune Tunisien qui s'est immolé en décembre 2010 ; sa mort provequera des émeutes dans tout le pays qui conduiront au départ du président Ben Ali. Des manifestations de ce type entraîneront la chute de plusieurs dictateurs du Monde arabe au printemps suivant, notamment en Egypte.


Après avoir traversé le parc Montsouris (XIVème), on suppose que l'aqueduc quittait l'actuel Paris au niveau de la rue Thomire (XIIIème), entre le stade Charléty et la Poterne des Peupliers.

 

L'aqueduc dans le Val-de-Marne (94) :

Sur la carte ci-dessous l'aqueduc Médicis est représenté par le gros trait bleu foncé. Son tracé est assez proche de celui de l'aqueduc de Lutèce puisque les ingénieurs royaux l'ont globalement suivi faisant confiance au savoir-faire des Romains. Le parcours exact de l'ouvrage latin est assez mal connu puisqu'il a été en majorité détruit ou recouvert.


crédits : www.culture.gouv.fr


L'aqueduc suivait tout d'abord la Bièvre sur sa rive ouest, en passant par les villes de Gentilly et d'Arcueil (94). C'est à Arcueil justement que les Romains ont décidé de construire un pont-aqueduc pour franchir la vallée de la Bièvre, sans doute parce qu'elle est étroite à cet endroit-là. Les arches de ce monument ont par ailleurs donné leur nom à la ville puisqu'elle était appelée autrefois Arculi.


« Lutèce » par Fédor Hoffbauer (1885)
Au premier plan la Bièvre et l'aqueduc d'Arcueil, en arrière plan Montmartre, la montagne Sainte Geneviève et la colline de Belleville

En 1613 quand ont débuté les travaux de l'aqueduc Médicis, c'est aussi à cet endroit qu'on a décidé de franchir la Bièvre ; deux siècles et demi plus tard, Eugène Belgrand construit le pont-aqueduc de la Vanne encore au même emplacement, par-dessus l'aqueduc Médicis. Ces travaux ont sans doute accéléré le démantèlement des arches romaines, pourtant quelques vestiges nous sont parvenus. On peut les apercevoir depuis l'intersection de la rue de la Citadelle et de l'avenue Cousin de Méricourt à Cachan (au centre de la photo ci-dessous).

Pour mieux les admirer, il faut aller dans la cour du fief des Arcs, dit aussi château de Provigny, située juste derrière cette maison au toit rouge.


crédits : waymarking.com


Longeant ensuite la Bièvre sur sa rive est, l'aqueduc traversait les villes actuelles de Cachan, l'Haÿ-les-Roses, Fresnes, Rungis (94) et enfin Wissous (91).

 

Les sources :

C'est à Wissous qu'était situé le principal bassin-collecteur, ce site aujourd'hui enfouit se trouvait au nord-ouest de la commune. Plusieurs canalisations provenant des sources aux alentours (Rungis, Chilly-Mazarin, Morangis, Paray-Vieille-Poste...) s'y déversaient. Sur la carte topographique ci-dessous on peut voir le plateau de Longboyau, situé entre Bièvre et Seine, où étaient captées les eaux de l'aqueduc de Lutèce.


crédits : cartes-topographiques.fr

Plan du bassin collecteur de Wissous

crédits : Albert Grenier, archeographe.net

Photo du bassin en 1903

crédits : Barry


Au début du XVIIème siècle quand on entreprit de réexploiter ces sources, Catherine de Médicis s'octroya celles au nord, principalement situées à Rungis. Celles du sud (Wissous, Morangis et Chilly-Mazarin) furent laissées à Antoine Coëffier de Ruzé d'Effiat, Marquis de Chilly(-Mazarin).