LES PUITS ARTESIENS (1830-1850)

 

Tours fut l'une des villes pionnières en Europe en ce qui concerne le forage de puits artésiens, même avant Paris. Le terme artésien vient de « Artois » car ce sont des moines près de Lens qui ont découvert ce phénomène, en 1126, qui consiste en un jaillissement d'eau sous pression retenue entre 2 strates imperméables. La grande période tourangelle durera pendant toutes les années 1830. Les puits y étaient beaucoup moins profonds que dans la capitale : 150 m en moyenne contre plus de 500 en Ile-de-France.

La plupart des puits ont été réalisés par Joseph Degousée (1795-1862) qui s'associera plus tard avec son gendre Charles-Auguste Laurent (1821-1870). Les premiers alimentaient des fontaines de quartier, puis ils furent forés pour des casernes de soldats, une filature de soie, des brasseries, des moulins à céréales, des jardins, des cultures, un abattoir…


Joseph Degousée

Un de ses puits a résisté au temps, celui de la place de La Riche, près de l'église Notre-Dame La Riche. On peut voir sa fontaine au croisement de la rue Georges Courteline et de la rue Alleron, à l'ouest de Tours, jouxtant le tombeau de Saint Gatien (1er évèque de Tours, fin du IIIème siècle). Profond d'environ 130 m, il remontait 173 L par minute en 1832.

Trois puits ont été sondés par Louis-Georges Mulot (1792-1872) : celui de l'hospice général (futur CHU Bretonneau) et deux chez le comte Philippe Panon (Desbassayns de Richemont) au château de Cangé (St Avertin). Mulot est entre autres l'auteur du premier puits artésien de Paris, celui de Grenelle (XVème arrondissement) en 1841.


Louis-Georges Mulot

Ci-dessous la fontaine encore visible de l'hôpital Bretonneau, qui amenait vers 1836 1.300 L par minute. Pour l'histoire, Pierre Bretonneau (1772-1862, qui donna aussi son nom à un hôpital parisien près de Montmartre), s'était aussi fait installé un puits artésien dans son jardin, au château du Palluau (31 rue du Palluau à St Cyr-sur-Loire).

On peut aussi voir les vestiges d'un puits artésien près du lac mineur des Peupleraies (St Pierre-des-Corps), le long du sentier GR 41 qui relie ± Tours à Clermont Ferrand. Il fut bâti en 1835 par Lecointre pour irriguer des cultures (129 m de profondeur).

Malheureusement le rendement de ces installations diminua rapidement, les nouveaux puits faisant parfois concurrence aux anciens. La plupart a été abandonnée mais on peut en voir d'autres dans des domaines privés. A Paris, on continua de percer des puits jusqu'au début du XXème siècle et 4 fontaines coulent encore aujourd'hui dans des squares ou au milieu de places.

 

Voici une liste de la plupart des puits artésiens tourangeaux percés à cette période,
beaucoup ont été abandonnés tandis que d'autres sont dans des domaines privés :

- place Saint Gatien (au pied de la cathédrale) : terminé en 1830, 30 L/min, 124 m de profondeur

- tour Charlemagne (place Châteauneuf) : terminé 1831, 72 L/min, 107 m ou 170 m puis un autre en 1836

- place de La Riche (église Notre-Dame La Riche) : entre 1830-1834, 173 L/min, 129 m, approfondi de quelques mètres ensuite

- caserne (quartier) de la cavalerie (château de Tours), terminé en octobre 1833, 1.110 L/min

- caserne d'infanterie (rue Rouget de l'Isle ou boulevard de Preuilly ?) : 500 L/min

- ancien couvent des Capucines (place des Halles ?) : pour M. Champosieau et sa filature de soie, réparé par Mulot, 1.400 L/min puis 3.480 L

- brasserie de la place d'Aumont (place des Halles) : pour M. Tessier et son moulin à céréales, 1.848 L/min, brasserie Tessier et Bosseboeuf

- abattoir (carroi/quai des Tanneurs) : 1837, réservoir 75.000 L, dans l'aqueduc ?, 365 L/min

- brasserie de la place d'Aumont (2ème puits) : 982 L/min

- ancien prieuré St Eloi (place St Eloi) : plus de 2.000 L/min, pour Degousée et Chauveau, plus tard y sera installée la brasserie Webel (1845-1970)

- hospice général : 1835, 1.300 L/min

- château du Palluau (31 rue du Palluau, St Cyr-sur-Loire) : pour Pierre-Fidèle Bretonneau et son jardin, 320 L/min

- château de Cangé (rue de Cangé, St Avertin) : irrigation d'une prairie, 2.614 L/min

- la Ville-aux-Dames (rue Jeanne Hachette ?, 5 Km à l'est de Tours) : pour M. Lecomte-Petit, 2 forages l'un à 61 m avec un débit de 163 L/min et l'autre à 118m avec 2.000 L/min environ. Destinés à alimenter un moulin, l'eau sera commercialisée en 1900 sous le nom de la « Grande Carrée ». Les puits seront fermés en 1940

- Esvres-sur-Indre (15 Km au sud de Tours) : propriétaire inconnu

- château de Cangé (2ème) : 1839, 213 m de profondeur, 3.000 ou 4.000 L/min, actionne une machine pour élever l'eau

- château de Rochecotte (St Patrice, 30 Km à l'ouest de Tours) : détenu par Dorothée de Courlande, duchesse de Dino, pour son jardin.